Un modèle né de la culture maorie
Te Whare Tapa Whā, que l'on peut traduire par « la maison aux quatre murs », a été développé en 1984 par Sir Mason Durie, figure majeure de la santé maorie en Nouvelle-Zélande.
Le modèle prend pour symbole le wharenui, la maison de réunion traditionnelle. Ses quatre murs sont égaux, et reposent sur une fondation solide : le lien à la terre, le whenua. Chacun représente une dimension de la santé.
Le ministère néo-zélandais de la Santé résume l'idée centrale : si l'une des quatre dimensions manque ou est fragilisée, une personne, ou un collectif, peut perdre son équilibre et tomber malade. Autrement dit, la santé ne se réduit pas à l'absence de maladie physique : elle tient à l'équilibre de l'ensemble.
Les quatre murs de la maison
Te Whare Tapa Whā · quatre murs, une fondation, lecture adaptée au travail
Les lignes grises proposent une lecture adaptée au monde du travail. Elles ne font pas partie du modèle d'origine.
• Taha tinana, la santé physique. La capacité du corps à se développer et à bien fonctionner. Selon le ministère de la Santé, elle ne peut être séparée de l'esprit, de l'âme et de la famille.
• Taha hinengaro, la santé mentale. La capacité à communiquer, à penser et à ressentir. Pensées, sentiments et émotions font partie intégrante du corps et de l'âme.
• Taha whānau, la santé de la famille et des liens. La capacité à appartenir, à prendre soin et à partager au sein de systèmes sociaux plus larges.
• Taha wairua, la santé spirituelle. La capacité de foi et de lien avec plus grand que soi : l'essence vitale d'une personne. Au travail, on peut la rapprocher du sens, des valeurs et de l'identité.
À la base, le whenua, la terre, forme la fondation sur laquelle tout repose.
Un modèle repris par l'autorité de santé au travail
Ce qui rend Te Whare Tapa Whā particulièrement intéressant, c'est son usage officiel dans le monde du travail. WorkSafe, l'autorité néo-zélandaise de santé et de sécurité au travail, s'y réfère pour décrire une vision globale de la santé, ou hauora : la santé mentale y est présentée comme liée à la santé physique, sociale et spirituelle.
Cette vision s'appuie sur la loi. La loi néo-zélandaise sur la santé et la sécurité au travail de 2015 définit la santé comme « physique et mentale ». Les entreprises doivent offrir un environnement de travail sans risque pour la santé, y compris mentale, dans la mesure de ce qui est raisonnablement possible. WorkSafe rappelle qu'un travail défavorable à la santé peut entraîner de l'anxiété, de la dépression, mais aussi des troubles musculo-squelettiques.
Le parallèle avec la Suisse est frappant : ici aussi, l'employeur doit protéger la santé physique et psychique de ses collaborateurs (art. 6 LTr). Te Whare Tapa Whā donne une image simple à cette exigence : une maison ne tient pas debout avec un seul mur.
Quatre questions pour faire le point dans votre organisation
Le modèle se prête à un exercice simple : regarder chaque mur de la maison, un par un.
Une réponse hésitante sur un seul mur suffit à mériter l'attention. C'est toute la leçon du modèle : la santé d'une équipe ne se mesure pas mur par mur, mais à l'équilibre de la maison entière.
Te Whare Tapa Whā appartient à la culture maorie, et c'est avec respect qu'on peut s'en inspirer. Mais son message est universel : prendre soin de la santé au travail, c'est prendre soin de la personne tout entière.
Sources
• Ministère néo-zélandais de la Santé, Te Whare Tapa Whā.
• Mental Health Foundation of New Zealand, Te Whare Tapa Whā.
• WorkSafe New Zealand, Why mentally healthy work is a health and safety issue.