Une synthèse de référence
En décembre 2024, l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), en France, a publié une mise à jour des connaissances épidémiologiques sur les effets des expositions psychosociales au travail. Elle est signée par Stéphanie Boini et R. Colin, du département Épidémiologie en entreprise, ainsi que par V. Langevin et M.-A. Gautier, du département Études et assistance médicales.
Les auteurs ont rassemblé les revues systématiques et les études publiées sur vingt ans, en s'appuyant notamment sur une méta-revue de 72 revues avec méta-analyse. Les expositions sont classées selon les six familles de facteurs de risques psychosociaux définies par le collège d'expertise présidé par Michel Gollac :
Pour chaque lien, les auteurs indiquent un niveau de certitude, du plus élevé au « non établi », selon le nombre et la qualité des études qui le confirment.
Des effets sur la santé mentale, mais pas seulement
Le résultat le plus marquant tient en une phrase : les facteurs psychosociaux touchent le corps autant que l'esprit. La synthèse retrouve des liens avec quatre grandes familles d'atteintes à la santé :
Quelques exemples, tels que les résume l'INRS :
D'autres liens restent moins étudiés ou non établis à ce stade, notamment avec certains comportements à risque, le syndrome métabolique ou les issues défavorables de grossesse. Les auteurs le signalent clairement : c'est aussi ce qui fait la solidité de leur travail.
Des facteurs qui se combinent
Les facteurs psychosociaux agissent rarement seuls. Deux modèles, très utilisés en recherche, décrivent les combinaisons les plus délétères :
Dans les deux cas, la synthèse observe des excès de risque pour la santé mentale, les troubles musculo-squelettiques, les maladies cardiovasculaires et les accidents du travail.
Les auteurs appellent à aller plus loin : mieux étudier la durée des expositions, leur évolution dans le temps et les polyexpositions, c'est-à-dire le cumul de facteurs psychosociaux et d'autres risques professionnels, physiques ou chimiques. C'est précisément ce que l'on rencontre sur le terrain.
Ce que cela change pour les entreprises en Suisse
Notre regard
À l'IHST, ces résultats confirment ce que nous observons au contact des équipes : derrière une douleur, une absence ou un accident, il y a souvent plusieurs facteurs liés au travail qui se combinent. C'est pourquoi notre approche intégrée relie toutes les dimensions du travail (santé, ergonomie, organisation, relations, sécurité) et part de la réalité de chaque collectif.
La recherche nous donne les repères ; le terrain nous dit par où commencer. Notre rôle est de relier les deux, puis de vérifier dans le temps que les mesures prises font réellement la différence.
Sources
Boini S., Colin R., Langevin V., Gautier M.-A. (2024). Effets des expositions psychosociales sur la santé des salariés. Mise à jour des connaissances épidémiologiques. Références en santé au travail, n° 180, TP 57, p. 97-111. INRS.
INRS (2025). Risques psychosociaux au travail et effets sur la santé des salariés, communiqué de presse.
Boini S. (2025). Facteurs de risque psychosociaux et effets sur la santé : état actuel des connaissances, 10e Journée de l'Institut Santé Travail Paris Est, 20 novembre 2025.
Gollac M. (dir.) (2011). Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser, rapport du Collège d'expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail. Définition reprise par la fonction publique française.
État de Fribourg, Risques psychosociaux, c'est quoi ?